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Le Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones (CIÉRA – ULaval), en collaboration avec l’Association étudiante autochtone de l’Université Laval et le Cercle Kisis, organisent un colloque d'échanges et de réflexions sur les relations entre les peuples autochtones et les services publics, dont les enjeux et problématiques ont été exacerbés par la pandémie de COVID-19 actuelle.

Le colloque se tiendra les 10 et 11 mai 2021, et sera entièrement en ligne.

La pandémie de la COVID-19 a eu un impact différencié sur la société. Loin de la toucher de manière uniforme, la pandémie de la COVID-19 et ses conséquences ont au contraire accentué la vulnérabilité des populations sujettes à d’importantes inégalités socio-économiques et à un accès difficile aux services sociaux et sanitaires, dont les peuples autochtones (Lane et Cerda 2020; Belaïdi et Koubi 2020).

En effet, les inégalités préexistantes en matière d'accès à la santé, à la protection sociale, à l’emploi, à la sécurité alimentaire et foncière, à l’éducation, ou au logement ont toutes renforcé de manière disproportionnée, bien que différente, leur vulnérabilité au virus. C’est le cas des peuples du Grand Nord canadien, déjà exposés aux infections pulmonaires dues à la désuétude des infrastructures et le manque de logements (Peyton et al., 2020) ou encore des peuples autochtones d’Amazonie ne pouvant plus compter sur la présence de milliers de médecins cubains renvoyés dans leurs pays en 2018 à la suite de déclarations polémiques du président Jair Bolsonaro (Ferrante et Fearnside, 2020; Meneses-Navarro et al., 2020). Aux États-Unis, le manque d’eau courante et l’inadéquation des logements au sein de la nation Navajo seraient des facteurs déterminants pour expliquer le taux d’infection à la COVID-19 dix fois plus élevé que celui de la population générale de l'Arizona (Kakol, Upson et  Sood 2020).

S'il y a bien une chose que la pandémie a donc mise en évidence, c'est l'inadéquation voire l'inexistence des services publics et des ressources disponibles pour les peuples autochtones afin de favoriser leur bien-être et leurs efforts éventuels d’autodétermination. Une situation problématique qui prévalait bien avant la COVID-19. Au Québec, dans un rapport édifiant publié quelques mois avant la pandémie, la Commission Viens avait souligné que la relation entre les peuples autochtones et les services publics du Québec était entachée de discrimination systémique. Un an après avoir été rendu public, la mort tragique de Joyce Echaquan, une femme atikamekw victime de maltraitance dans un hôpital, est venue illustrer les conclusions de la Commission Viens et rappeler le manque d’action du gouvernement depuis sa publication. Dans d’autres cas en effet, ces discriminations se sont tout simplement traduites par l’absence de services publics, privant ainsi de nombreux individus et communautés de leurs droits fondamentaux et de leur dignité.

Comment les revendications des Peuples autochtones concernant les services publics s'articulent-elles dans différents contextes culturels et nationaux ? La pandémie pourrait-elle être l'occasion de favoriser de nouvelles orientations pour les relations entre les peuples autochtones et les services publics ? Ce questionnement ne relève pas simplement d'un enjeu administratif et de gestion: derrière la relation entre les peuples autochtones et les services publics se trouve leur relation avec l'État et la société allochtone. Que ce soit par l'adaptation des services existants ou par la création et/ou l'expérimentation de services dirigés par les autochtones eux-mêmes, les peuples autochtones et leurs alliés ne manquent pas de propositions pour améliorer leurs conditions de vie dans une perspective décolonisatrice et émancipatrice.

La pandémie de Covid-19 est aussi venue rappeler l’importance des débats autour de l’autodétermination et l’autonomie des populations autochtones. En effet, malgré une diffusion importante de la COVID-19 à travers le Canada, le taux d’infection des communautés autochtones est sensiblement inférieur à celui du reste de la population en partie grâce à la mise en place de mesures préventives comme la fermeture de leurs territoires. De tels exemples devraient inspirer de futures recherches et des approches novatrices en matière de santé publique avec les peuples autochtones. Comment les peuples autochtones peuvent-ils profiter de la crise pour faire valoir leurs intérêts ? Notons également que l’autonomie n’a pas toujours été vécue de manière positive par l’ensemble des populations autochtones. La situation actuelle est ainsi venue souligner les situations d’instrumentalisation des notions « d’autonomie » et « d’autodétermination » par certains États qui cherchent davantage à se délester des problèmes vécus par les populations autochtones que d’y répondre. Le contexte de pandémie et la récession économique imminente constituent également une opportunité pour de nombreux États de réduire les libertés civiles et d'initier davantage de réformes qui pourraient, entre autres effets néfastes, réduire l'accès des peuples autochtones aux services et ressources publics.

Plus que jamais, la recherche critique doit être engagée pour élaborer des solutions et mettre en place des changements positifs concrets pour et avec les communautés. Toutefois, le contexte actuel de COVID-19 a affecté les bases des relations qui existaient entre les chercheurs et les populations autochtones, notamment en creusant les enjeux liés à l’accès aux technologies numériques de communication ou liés à l’impossibilité de mener des séjours de recherche sur le terrain. Pour les chercheurs, ces enjeux compliquent l’élaboration de méthodologies participatives et collaboratives permettant de partager les voix et épistémologies autochtones. Comment mener une recherche dans un tel contexte ? Là encore, la pandémie tend à mettre en évidence les difficultés déjà existantes et offre aux chercheurs l'occasion de réévaluer comment ils peuvent renforcer de manière positive la relation entre leur travail et les intérêts, priorités et épistémologies des communautés et organisations autochtones. La situation actuelle appelle à réfléchir au rôle et au positionnement des chercheurs allochtones, à la réciprocité réelle des bénéfices du terrain de recherche et à la charge imposée aux communautés par l’industrie de la recherche (Pfeiffer, 2018). Comment la situation actuelle nous pousse-t-elle à repenser le paradigme de la recherche collaborative en milieu autochtone ? Doit-on repenser le rôle du terrain de recherche comme un rite de passage (Fisher, 2011; Giabiconi, 2013)?

Table ronde du colloque:

Pour ouvrir sa 19e édition, le colloque du CIÉRA réunira quatre intervenants impliqués dans le milieu de la santé pour discuter des réalités autochtones de la pandémie et lancer la réflexion sur les relations entre les services publics, le bien-être et les territorialités autochtones. Les deux axes de discussion proposés permettront aux participants d’échanger sur les expériences de la pandémie en communautés et en milieux urbains ainsi que sur les enjeux d’accessibilité à des services et des soins sécuritaires et équitables. Seront présents : Jason Coonishish, du Conseil crie de la santé et des services sociaux de la Baie-James, Sipi Flamand, vice-chef du Conseil de Manawan, Lisa Westaway, directrice du Kateri Memorial Hospital de Kahnawake et Jimmy Siméon, navigateur autochtone pour Médecins du monde.

Thématiques des panels :

Panel 1 - Santé, bien-être et territorialités

Les difficultés d’accès des populations autochtones à des services publics culturellement adéquats et non-discriminants, qu’il s’agisse de la santé, la protection sociale, l’emploi, l’éducation, le logement, ou la sécurité alimentaire et foncière, sont de plus en plus documentées. À travers ces relations complexes et souvent inéquitables se traduit également leur relation avec l’État national. Quelles sont donc les dynamiques contemporaines de ces relations ? Quels potentiels et défis pour les services publics directement gérés et opérés par les communautés autochtones ?

Panel 2 - Mobilité, urbanité, itinérances et bien-être

La question des services publics au sein des communautés autochtones hors des centres urbains ne doit pas occulter un ensemble de faits concernant la distribution géographique et la mobilité des populations autochtones. Qu’il s’agisse de communautés autochtones adjacentes, voire enclavées dans des aires urbaines à majorité non-autochtone ou de l’importante proportion d’individus autochtones vivant de manière permanente ou semi-permanente dans lesdites aires urbaines ; la correspondance entre les divisions rural/urbain et autochtones/allochtones est loin d’être aussi rigide qu’elle n’y paraît. Ce constat doit nous amener à nous interroger sur les enjeux spécifiques concernant les relations entre les populations autochtones et les services publics en milieu urbain et périurbain, et la prise en compte de la mobilité.

Panel 3 - Savoirs, recherches et pédagogies au service du bien-être

La recherche scientifique n’est pas communément vue comme étant un service public. Pourtant, son fonctionnement est largement alimenté par des fonds publics et les savoirs qui sont produits par les universités et les centres de recherche ont, pour la plupart, la vocation d’améliorer notre compréhension du monde et de produire des effets positifs tangibles sur celui-ci. Enfin, les résultats de la recherche scientifique sont régulièrement utilisés par un éventail d’acteurs et d’organisations afin d’influencer les décisions politiques. Cela est particulièrement vrai pour la recherche autochtone au Canada où il est de plus en plus demandé aux chercheurs et chercheuses de produire des savoirs pouvant être utiles à l’amélioration de la condition autochtone et à la réduction des inégalités socio-économiques et des discriminations à leur égard. Dans ces conditions, comment la recherche peut-elle pleinement soutenir de telles ambitions ?

Pour toutes questions, veuillez écrire à : colloque@ciera.ulaval.ca

Pour consulter les références bibliographiques

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