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Entre décolonisation et autochtonisation : Comment penser un monde plus juste?

Colloque annuel du CIÉRA, édition 2022

2 et 3 mai 2022 – Musée McCord et UQAM

Le colloque annuel du Centre Interuniversitaire d’études et de recherches autochtones regroupe chaque année près d’une cinquantaine d’académiques, d’artistes et de professionnel.le.s autochtones et non autochtones pour un public d’environ 200 personnes, afin de réfléchir sur un sujet novateur en études autochtones et canadiennes. Nous visons à

  1. Offrir aux chercheur-euse-s, artistes, et professionnel.le.s autochtones et non-autochtones un lieu de rencontre stimulant pour partager, avec d'autres chercheur-euse-s, étudiant-e-s, praticien-ne-s et le public en général, les connaissances scientifiques et pratiques les plus récentes en lien avec les réalités politiques, sociales et culturelles des peuples autochtones ;
  2. Faciliter l'intégration des étudiant-e-s des cycles supérieurs dans le milieu de la recherche autochtone en leur permettant de présenter leurs projets ou leurs résultats de recherche devant des chercheur-euse-s renommées et des organisations autochtones et
  3. Valoriser les savoirs autochtones et leur contribution à la recherche en encourageant, par exemple, les présentations d'aîné-e-s autochtones ou les témoignages d'acteur-rice-s de terrain lors de tables rondes ou de cercles de partage.

Comme en attestent nos partenaires, Autochtones et non-autochtones sont impliqué.e.s à toutes les étapes du processus d’organisation  de ce colloque. Ainsi, l'édition 2022 de ce colloque est organisée en partenariat entre les trois pôles du CIÉRA et le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines de l'UQAM (GRIAAC), en collaboration avec le Cercle des Premières Nations de l'UQAM, le Musée McCord, avec l’appui du Jardin des Premières Nations du Jardin botanique-Espace pour la vie ainsi que la participation de la Femmes autochtones du Québec.

L'édition 2022 de ce colloque est organisée avec la collaboration des trois pôles du CIÉRA et le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines de l'UQAM (GRIAAC), en partenariat avec le Cercle des Premières Nations de l'UQAM et le Musée McCord. Le colloque se tiendra les 2 et 3 mai 2022 au Musée McCord, à Montréal. Ouvert au grand public, le colloque portera sur une thématique novatrice, soit l’autochtonisation et la décolonisation des institutions et la relation entre ces deux notions. Notre problématique globale sera la suivante : en pratique, que signifient les notions d’autochtonisation et de décolonisation ? Quelles sont les théories et surtout les pratiques pour mettre en œuvre l’autochtonisation dans une institution ? 

L’autochtonisation comme la décolonisation sont des termes polysémiques. Leur acception et les pratiques qui en découlent sont souvent déterminées selon la discipline qui les théorise et même, dans le cas de la décolonisation, du sujet auquel elle est associée. En effet, la décolonisation change de signification en fonction des personnes – Autochtones ou Allochtones – ou des institutions pour qui elle est formulée. En ce qui concerne l’autochtonisation, elle est pratiquée par certains musées, par certain-e-s artistes ou organisations, mais elle peut aussi qualifier des pratiques institutionnelles : qu’elles soient autochtones (comme au Nunavut) ou coloniales. 

Cependant, nous pourrions définir l’autochtonisation de façon plus générale. Ce concept peut se comprendre comme l’ouverture d’espaces et des institutions aux pensées autochtones. Cela passe par l'inclusion de personnes autochtones dans les organes décisionnels de ces espaces et de ces institutions et l’inclusion de leurs connaissances et de leur manière de faire dans les décisions prises par ces espaces et ces institutions (Melançon 2019). L’autochtonisation sous-entend un processus de changement au sein des institutions permettant l’établissement d’espaces physiques et épistémiques qui prennent en compte les perspectives autochtones (Pete 2016).

Plus spécifiquement, Adam Gaudry et Danielle Lorenz (2018), en s’appuyant sur le contexte universitaire canadien, conçoivent l’autochtonisation à partir d’un spectre à trois dimensions : l’autochtonisation par inclusion, l’autochtonisation centrée sur la réconciliation et l’autochtonisation décoloniale. Pour ces auteur-rice-s, l’autochtonisation par inclusion correspond à la mise en place de politiques visant à augmenter le nombre de personnes autochtones au sein des institutions. Cette dimension de l’autochtonisation ne remet pas en cause les structures coloniales. Elle impose plutôt aux Autochtones de s’adapter à celles-ci. La création d’un contingent autochtone intégré aux forces policières étatiques est un exemple de ce type d’autochtonisation (Aubert et Jaccoud 2009). L’autochtonisation centrée sur la réconciliation vise à mettre sur un pied d'égalité les savoirs et pratiques Allochtones avec ceux des Autochtones afin de parvenir à une nouvelle relation équilibrée. Cette dimension de l’autochtonisation nécessite l’élaboration de mécanismes de collaboration, une transformation effective des processus de prise de décisions et l’inclusion des Premiers Peuples dans les milieux décisionnels qui ont une incidence sur leur vie. La réconciliation passe par la modification des institutions pour y inclure les perspectives autochtones. Enfin, l’autochtonisation décoloniale décrit les pratiques qui visent à réorienter fondamentalement le fonctionnement des institutions. Cette dimension s’appuie grandement sur la pensée de la résurgence afin de réimaginer les institutions. Dans le milieu universitaire, cela signifie de repenser la manière dont les savoirs sont produits pour faire une plus grande place aux connaissances autochtones. L’autochtonisation décoloniale vise dès lors la transformation des institutions en quelque chose de dynamique et nouveau favorisant un climat de justice sociale à l’intérieur de celles-ci. La définition proposée par Gaudry et Lorenz est pertinente, car elle permet de distinguer différents degrés d’autochtonisation en fonction des politiques misent de l’avant par les institutions. Elle peut également être mobilisée pour différents contextes, notamment le milieu muséal (Franco 2020), le milieu de l’éducation primaire et secondaire (Paul, Jubinville et Lévesque 2020 ; Donald 2009) et le milieu de la santé (Lavallee et Poole 2009). À la lumière de la sous-représentation des Autochtones et de leurs savoirs dans ces institutions,  les pratiques d’autochtonisation sont plus que jamais nécessaires. 

Dans ces perspectives, nous souhaitons questionner le lien entre l'autochtonisation et la décolonisation en théorie et en pratique. Pour plusieurs auteur-rice-s qui ont une influence très importante en études décoloniales autochtones, ce lien n’existe pas (Alfred 1999, Simpson 2017, Coulthard 2014). Regroupé-e-s sous le titre de « traditionalistes », ces penseur-euse-s imaginent une décolonisation qui ne peut se faire qu’en dehors des institutions coloniales, ce qui entre donc en contradiction profonde avec toutes les définitions de l’autochtonisation. Pour eux et elles, les valeurs entre les sociétés autochtones et allochtones sont à ce point incommensurables, qu’il est impossible de penser la fin des rapports coloniaux (donc la décolonisation) dans une relation avec les sociétés allochtones. 

​​Mais pour d’autres auteur-rice-s, cette perspective est intenable sur le plan philosophique et pratique. Il est impossible de penser une identité autochtone qui soit le reflet d’une « image de continuité insulaire ou de culture inchangée » non transformée par le colonialisme (Rifkin 2012, 35). Il n’est pas non plus possible de penser une identité coloniale non affectée par les actions des Autochtones (Schotten 2018, 58-9). Même si les rapports sont inégalitaires et qu’il est évident que les actions coloniales affectent les Autochtones, cette relation doit tout de même être prise en compte pour imaginer un jour, une égalité entre ces différentes sociétés. Bien que ces auteur-rice-s considèrent qu’il existe bien des différences entre les valeurs autochtones et allochtones (puisque sans ces différences il n’y aurait aucune matière pour penser l’autodétermination autochtone et la décolonisation), ces différences ne sont pas insurmontables.

Ainsi, l’autochtonisation peut être comprise comme un ensemble d’actions qui modifie la compréhension des identités et des valeurs autochtones, mais qui conduit aussi à des (r)évolutions dans les structures, dans les philosophies, dans les principes de la citoyenneté, dans les principes juridiques et dans les pratiques politiques de l’État colonial d’établissement (Lightfoot 2016a). Chaque fois que les Autochtones utilisent les institutions coloniales pour remettre en cause le colonialisme, ils contribuent à mettre en place, étape par étape, les bases de véritables changements. Ces actions déstabilisent les fondements coloniaux des États, présentent des alternatives pour (re)penser les relations de domination (idem, 189-90) et rendent, à terme, les institutions coloniales plus favorables à l’acceptation de sociétés autochtones autodéterminées (Siobhán et Murphy 2005, 3-38).

En définitive, ces actions d’autochtonisation portent à la fois sur la protection ou l’affirmation de leurs valeurs, de leurs philosophies, de leurs langues, de leurs rapports sociétaux, de leurs droits et sur la décolonisation des structures du colonialisme d’établissement (Turner 2014, 113). Notre colloque s’intéressera à ces actions dans différents milieux : les universités (Delamour, Joncas, Bernard, Éthier et Croce 2021), les musées (Franco 2020), les institutions municipales (Fawcett 2014) et provinciales (Rousseau 2018), etc. afin de dresser un portrait plus exhaustif de l’autochtonisation aujourd’hui. 

Voici, les trois axes qui guideront ce colloque. Le premier portera sur l’autochtonisation des institutions. Il regroupe des théoricien-ne-s et praticien-ne-s de l’autochtonisation dans les institutions démocratiques, politiques et juridiques ainsi que dans les organisations de représentation des intérêts comme les organisations féministes, 2sLGBTQ+, syndicales, etc. Le deuxième portera sur l’autochtonisation du champ des arts. Il réunit des praticien-ne-s et théoricien-ne-s de la décolonisation des musées, des jardins et parcs publics, des organisations et espaces artistiques au sens large. Le troisième axe sera consacré à l’autochtonisation des savoirs. Il regroupe des praticien-ne-s et théoricien-ne-s de l’autochtonisation de l’éducation du primaire à l’universitaire, des soins infirmiers, de la médecine, des départements et facultés universitaires.

Références

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