Search form

Accueil

17e colloque annuel du CIÉRA

*** Genres et identités : perspectives autochtones contemporaines ***

Le Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones (CIÉRA-Montréal) et le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines (GRIAAC), en collaboration avec le Cercle des Premières Nations de l'UQAM, le Regroupement des hommes autochtones du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), organisent un colloque d'échanges et de réflexion sur les enjeux entourant l'expression des genres et des identités sexuelles en milieux autochtones. Le colloque se tiendra les 29 et 30 avril 2019, à BAnQ Vieux-Montréal. Le 29 avril, la journée sera consacrée aux recherches en cours, terminées ou projetées, en lien direct ou non avec la thématique du colloque. Le 30 avril, la journée sera consacrée spécifiquement à la thématique principale du colloque : les enjeux relatifs à l'expression des genres et des identités sexuelles

Appel à communications

Description de la thématique

Le contexte colonial, qui comprend notamment l’imposition des normes et des valeurs occidentales allochtones, la sédentarisation, l’évangélisation et le passage à une économie marchande, a créé des inégalités qui ont eu des répercussions sur la détermination des identités de genre et des identités sexuelles autochtones. La Loi sur les Indiens a facilité l’institutionnalisation des inégalités systémiques, par exemple en établissant le statut d’Indien et les règles de sa transmission sur des critères discriminatoires à l’endroit des femmes (statut basé sur un degré de sang indien, perte du statut pour les femmes se mariant avec un non-autochtone) (Dupuis 1999, Lawrence 2003). Ces inégalités ont été accentuées par la dévalorisation des statuts de genres autochtones et la redéfinition des rôles socioculturels des femmes, des hommes ainsi que des personnes d’autres genres et des LGBTQ. L’internalisation de l’hétéronormativité héritée du patriarcat colonial a fait en sorte de marginaliser les personnes non binaires, à deux esprits et LGBTQ et d’entraîner la discrimination envers celles-ci, voire leur rejet (Meissner et al. 2017). Comment la fluidité des genres était-elle appréhendée localement et quels facteurs – politiques, religieux, sociaux – ont entraîné des changements quant aux statuts des genres et des identités sexuelles autochtones? Quelles influences cela a-t-il eu sur des pratiques telles que les mariages polygames, les relations sexuelles avec des partenaires de même sexe ou encore le port d’habits associés au sexe opposé?

Les discriminations et la méconnaissance des manières d’être autochtones ont également eu des conséquences sur le quotidien des familles. Plusieurs enjeux sociaux relatifs à l’organisation familiale ont eu des conséquences différentes sur les hommes et les femmes. De plus, les rôles des parents et des grands-parents ont été bouleversés et leurs savoirs ont été dévalorisés, ce qui a transformé à la fois le contenu et les modes de transmission culturels. Les parents autochtones étant considérés comme inaptes à offrir à leurs enfants une éducation de qualité  – de même qu’un environnement de vie adéquat selon des standards allochtones –, les autorités ont arraché les enfants autochtones à leurs familles pour les envoyer au pensionnat, puis en adoption, notamment lors des rafles des années 1960 (Commission de vérité et réconciliation du Canada 2015, vol. 5 : 4 et 17). Les transformations véhiculées par ces déracinements ont perpétué dans le temps des inégalités socio-économiques et culturelles entre les genres et ont participé à la marginalisation des identités sexuelles autochtones. De nos jours, les répercussions de ces bouleversements se font toujours sentir. Toutefois, de plus en plus d’actions collectives et individuelles de guérison et de réconciliation voient le jour au sein et en dehors des communautés. 

Pensons aux femmes autochtones et à leurs alliés qui luttent sur plusieurs fronts, notamment pour agir contre les inégalités établies et entretenues par le contexte colonial ainsi que pour revaloriser la richesse et l’étendue de leurs connaissances. Portant une réflexion critique des approches menées par le féminisme (Léger et Morales Hudon 2017), comment mettent-elles aujourd’hui en place une résistance et une résurgence qui leur correspondent? Comment redéfinir les féminités autochtones et leurs places dans l’imaginaire populaire ainsi que dans les processus d’autonomisation?

De leur côté, les hommes ont également vu leurs rôles changer radicalement avec la sédentarisation et les politiques d’assimilation forcée par les gouvernements coloniaux, qui ont eu des conséquences sur les modes de vie autochtones. En développant leur dépendance à l’État (Armitage 1991, Robinson 2018), ces gouvernements ont privé les hommes de leurs rôles, de leurs cérémonies et de leurs savoirs (Bouchard et al. 1977, Dominique et Grégoire 1989). Dans un tel contexte historique, de nombreux hommes autochtones ont développé des détresses psychologiques, des problèmes sociaux ainsi que différentes formes de dépendance (Armitage 1991). Aujourd’hui, quelles initiatives les hommes prennent-ils afin de reconstruire leur estime de soi, de redéfinir leurs rôles et de revaloriser leurs savoirs? 

Enfin, pensons aux LGBTQ et aux personnes à deux esprits (Two-Spirit) qui, avec le développement de ce terme dans les années 1990 (Jacobs, Thomas et Lang 1997, Alaers 2010), revendiquent le droit de se définir selon leur propre conception du genre et de l’identité sexuelle. En se départant de catégories imposées par des intellectuels allochtones (berdaches, travestis, etc.), ils ont instauré une ère d’ouverture et de résurgence de la fierté identitaire (Chacaby et Plummer 2016). Quels sont les enjeux liés à ces identités et à ces terminologies? Comment se réapproprient-ils les savoirs ancestraux liés aux genres?

Le colloque annuel du CIÉRA 2019 se concentrera sur les transformations des genres et des identités sexuelles associées aux héritages coloniaux, canadiens et internationaux. Comment les répercussions contemporaines de ces legs coloniaux se ressemblent-elles ou diffèrent-elles selon l’État concerné? Quels sont les processus de (re)définition, de (ré)appropriation et de (re)valorisation des identités, des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être associés aux genres et aux identités sexuelles autochtones et comment se démarquent-ils selon les communautés locales et les États coloniaux?

En interrogeant les expressions des genres et des identités sexuelles autochtones, au Canada et ailleurs, le colloque du CIÉRA 2019 sera ouvert aux réalités spécifiques des femmes et des hommes autochtones, ainsi qu’aux réalités des personnes à deux esprits et LGBTQ. La perspective de genre et/ou de l’identité sexuelle de son choix pourra être privilégiée afin de partager des initiatives communautaires et associatives ou des trajectoires individuelles. Alors que divers termes (femmes, hommes, personnes à deux esprits, personnes bi-spirituelles, LGBT, LGBTQ2S, etc.) sont utilisés pour identifier, définir et affirmer les identités de genre et sexuelles – à la fois par les personnes qui s’en réclament et par les organismes socioculturels qui les accompagnent –, le colloque permettra de réfléchir à ces termes ainsi qu’aux réalités et aux enjeux auxquels ils renvoient. 

Pour échanger autour des genres et des identités sexuelles, nous proposons trois axes non restrictifs de réflexion :

  1. Violences, blessures, sensibilisation et guérison: comment le genre et l'orientation sexuelle interviennent-ils en ce qui a trait aux violences vécues et perpétrées par les personnes, et ce, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte ? Quelles sont les blessures qui découlent de ces violences? Quelles stratégies de guérison sont adoptées selon les violences vécues, mais également selon le genre et l’orientation sexuelle? Quelles sont les initiatives de sensibilisation mises sur pied en milieux communautaires et urbains? 
  2. Revalorisation et transmission des savoirs, savoir-faire et savoir-être : quels savoirs et compétences relatifs au genre et aux identités sexuelles sont-ils revalorisés? Lesquels sont encore mis sous silence? Comment la transmission des savoirs et des pratiques est-elle revalorisée de façon différente selon les genres? Quelles initiatives sont mises sur pied pour revaloriser ces savoirs et ces compétences? 
  3. Expressions artistiques et spirituelles : comment les genres et les orientations sexuelles inspirent-ils des démarches artistiques? Quelles démarches spirituelles, associées ou non à des processus de guérison, sont suscitées et alimentées par les réalités relatives aux genres et aux identités sexuelles? Comment ces processus sont-ils abordés différemment selon les genres?

Le colloque rassemblera des membres de la communauté scientifique, des Premières Nations et des Inuit, de la communauté étudiante des cycles supérieurs, des organismes gouvernementaux et des milieux sociaux, politiques, économiques et culturels. Par ailleurs, une soirée culturelle au cours de laquelle artistes et musiciens autochtones seront à l’honneur clôturera la première journée de l’événement, à la Grande Bibliothèque, à Montréal. Informations complémentaires à venir!

Date limite pour recevoir les propositions de communication : 25 février 2019 [nouvelle date].

Les personnes intéressées à présenter une communication ou une affiche doivent proposer un titre et un résumé de 200 mots maximum avant le 25 février 2019. Merci de bien vouloir nous faire parvenir vos propositions de communication ou d’affiche à l’adresse suivante : colloque2019ciera@gmail.com. Le temps alloué aux présentations est de 15 à 20 minutes (selon le nombre de participants). Un programme préliminaire vous parviendra au début d’avril. Lors du colloque, les lancements des livres sur les sujets reliés aux peuples autochtones sont encouragés et des espaces pour des kiosques seront fournis. Si vous souhaitez obtenir un espace ou prévoir un lancement, merci de nous contacter par courriel.

Pour toutes questions, veuillez écrire à : colloque2019ciera@gmail.com

Références

Alaers, J. 2010. « Two-Spirited People and Social Work Practice : Exploring the History of Aboriginal Gender and Sexual Diversity ». Critical Social Work11 (1). En ligne : [http://www1.uwindsor.ca/criticalsocialwork/two-spirited-people-and-social-work-practice-exploring-the-history-of-aboriginal-gender-and-sexual-d].

Armitage, P. 1991. The Innu (the Montagnais-Naskapi). New York : Chelsea House Publishers.

Association des femmes autochtones du Canada (AFAC). 2009. Les voix de nos sœurs par l'esprit : Un rapport aux familles et aux communautés.Ottawa : Association des femmes autochtones du Canada.

Association des femmes autochtones du Canada (AFAC). 2012. Fiche – Causes premières de la violence envers les femmes autochtones et répercussions de la colonisation.Ottawa : Association des femmes autochtones du Canada.

Bouchard, S., Mestokosho, M. 1977. Chroniques de chasse d'un Montagnais de Mingan. Mathieu Mestokosho. Québec : Ministère des Affaires culturelles du Québec. 

Chacaby, M. et Plummer M.L. 2016. A Two-Spirit journey. The autobiography of a lesbian Ojibwa-Cree Elder. Winnipeg : University of Manitoba Press.

Commission de vérité et réconciliation du Canada. 2015. Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. (Pensionnats du Canada : Les séquelles) (Vol. 5). Montréal et Kingston: McGill-Queen’s University Press. En ligne : [http://www.myrobust.com/websites/trcinstitution/File/Reports/French/French_Volume_5_Legacy_Web_REVISED.pdf].

Dominique, R. et Grégoire, M. 1989. Le langage de la chasse. Récit autobiographique de Michel Grégoire, Montagnais de Natashquan. Sillery : Presses de l'Université du Québec.

Dupuis, R. 1999. Le statut juridique des peuples autochtones en droit canadien. Toronto : Carswell.

Guthrie Valaskakis, G. 1999. « Sacajawea and her sisters: Images and Native women ».Canadian Journal of Native Education23 (1) : 117-135.

Hazard, G. et Laugrand F. (dir.). 2014. Éros et tabou. Sexualité et genre chez les Amérindiens et les Inuit. Québec : Éditions du Septentrion.

Lawrence, B. 2003. « Gender, Race, and the Regulation of Native Identity in Canada and the United States : An Overview ». Hypatia18 (2): 3-31.

Léger, M et Morales Hudon, A. (dir.). 2017. « Femmes autochtones en mouvement : fragments de décolonisation ». Recherches féministes30 (1).

Léger, M. et Morales Hudon, A.2017. « Présentation : Femmes autochtones en mouvement : fragments de décolonisation ». Recherches féministes30 (1) : 3-13.

Meissner, S. N. et Whyte, K. P. 2017. « Theorizing Indigeneity, Gender and Settler Colonialism ». Dans Taylor P.C., Martin Alcoff, L. et Anderson L. (eds.) : 152-168, Routledge Companion to the Philosophy of Race. New-York: Routledge.

Perreault, J. 2015. « La violence intersectionnelle dans la pensée féministe autochtone contemporaine ». Recherches féministes28 (2) : 33-52.

Robinson, A. 2018. Acte pour encourager la civilisation graduelle. Dans L'Encyclopédie canadienne. En  ligne : [https://www.thecanadianencyclopedia.ca/index.php/en/article/gradual-civi....

Rousseau, A. 2016. « La Commission de vérité et de réconciliation du Canada : vers une décolonisation des représentations? ».Dans Ostriitchouk, O. (dir.) Mémoires de conflits, mémoires en conflits : affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé : 243-259. Bruxelles : Éditions Peter Lang.

logo contenu